Le taux d’expatriation des ingénieurs en activité est passé d’environ 13 % en 2023 à 15 % fin 2024, cela représente près de 150 000 ingénieurs travaillant à l’étranger. La Fédération Syntec estime également que la tendance à l’expatriation s’accentue au cours de la carrière.
La France fait également face à une situation assez paradoxale : elle attire des étudiants étrangers dans ses grandes écoles et ses universités, les forme, mais une partie d’entre eux repart ensuite travailler dans un autre pays, selon les données reprises par Syntec, environ 27 % des jeunes diplômés étrangers des écoles d’ingénieurs travaillent à l’étranger après leur formation, contre 8,7 % des jeunes ingénieurs français.
Ces départs ont également des conséquences économiques : la Fédération Syntec estime à près de 2 milliards d’euros par promotion le coût des formations supérieures financées par la collectivité pour des talents qui partent ensuite travailler à l’étranger.
Autrement dit, la France investit dans la formation de ses talents, mais d’autres économies peuvent ensuite bénéficier de leurs compétences et de leur expérience.
Mais pourquoi ces ingénieurs partent-ils ?
Plusieurs raisons peuvent expliquer ces départs : certains partent pour gagner davantage, d’autres cherchent à progresser plus rapidement dans leur carrière, à acquérir une expérience internationale ou à rejoindre des écosystèmes technologiques qu’ils considèrent comme plus avancés, la rémunération et les perspectives de carrière apparaissent d’ailleurs parmi les principaux facteurs cités par les talents lorsqu’ils réfléchissent à leur avenir professionnel, et finalement, ce n’est pas forcément uniquement une question d’argent : pour certains jeunes diplômés, partir à l’étranger peut aussi représenter une manière de découvrir une nouvelle culture, d’apprendre une langue, de travailler dans un environnement international ou simplement de vivre une nouvelle expérience.
Mais que peut faire la France pour garder ses talents ?
Face à cette situation, plusieurs propositions sont mises en avant pour améliorer l’attractivité de la France, parmi les pistes évoquées figure notamment la possibilité de permettre à un jeune ingénieur, une fois en poste, de bénéficier d’une seconde formation financée par la nation, à condition qu’elle conduise vers un métier dont le pays a besoin. Le cursus pourrait durer un ou deux ans en alternance, avec une valorisation de l’expérience professionnelle et un revenu de reconversion pouvant atteindre 80 % du salaire.
Une autre proposition consiste à rapprocher le coût du travail des profils les plus qualifiés de la moyenne européenne, avec notamment une baisse progressive de la « surfiscalité » estimée à 8 milliards d’euros et la sanctuarisation du crédit d’impôt recherche, selon les estimations présentées par la Fédération Syntec, ces mesures pourraient contribuer à la création de 100 000 emplois supplémentaires grâce à un gain estimé de 0,4 point de PIB.
Enfin, une autre proposition vise à relancer la dynamique économique des grandes métropoles, notamment grâce à un dispositif temporaire d’incitation fiscale à l’implantation, elle prévoit également une réduction de 50 % des droits de mutation à titre onéreux pour l’acquisition d’un bien immobilier liée à la création ou au transfert d’une activité professionnelle, ainsi qu’à une mobilité professionnelle.
Pour conclure, le constat est assez simple : de nombreux ingénieurs français travaillent désormais à l’étranger et certains talents considèrent qu’ils trouveront de meilleures opportunités ailleurs, la France en est consciente et plusieurs propositions sont actuellement avancées pour essayer d’améliorer son attractivité, mais en France, entre les propositions et les actions concrètes, il peut parfois exister un fossé énorme : il faudra donc voir ce que l’avenir nous réserve car lorsqu’on regarde l’évolution de l’expatriation des ingénieurs ces dernières années, on se demande : si la France saura donner suffisamment envie à ses talents de construire leur avenir professionnel sur son territoire.
Le sujet ne concerne finalement pas uniquement les ingénieurs : il concerne aussi les chercheurs, les entrepreneurs, les médecins, les spécialistes du numérique et, plus largement, tous les jeunes diplômés qui cherchent à construire leur avenir.
La France sait former des talents mais la véritable question est peut-être désormais de savoir si elle sait suffisamment les retenir.
Merci d’avoir pris le temps de lire.
À bientôt pour de prochains contenus.
Jordan